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Portrait d'Hermione Gough, Directrice Partenariat Royaume-Uni-Union européenne

Portraits

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02/10/2020

Entretien avec Hermione Gough

Pour la Commission Egalité Femmes Hommes AAEENA

Marie-Christine ARMAIGNAC 

Portraits 

25/09/2020 


Mme Hermione Gough

Promotion 2001-2003 

« René Cassin »

« Les femmes devraient se soutenir entre elles le plus possible - depuis les petits actes d’encouragement quotidiens au bureau jusqu’aux réseaux, notamment de mentoring ».



Sa carrière de haut fonctionnaire britannique débute au HM Treasury, le ministère des finances britannique, après un stage à la Commission européenne. Détachée du Treasury à l’ENA entre 2001 et 2003, elle a poursuivi son immersion dans la vie administrative française avec un passage au bureau des affaires européennes à la Direction générale du Trésor à Bercy. De retour à Londres, Hermione a eu plusieurs postes à « Whitehall », suivant un parcours interministériel qui l’a amenée à traiter des sujets aussi divers que la lutte contre la radicalisation des jeunes et la présidence britannique du G7. Elle était de nouveau à Paris entre 2013 et 2017 en tant que ministre conseiller à l’Ambassade britannique avant d’être nommée directeur politique à la Représentation – désormais Mission – britannique auprès de l’Union Européenne à Bruxelles.

∞∞∞∞∞

Avez-vous conçu très jeune votre trajectoire professionnelle, et comment s’est-elle plus nettement dessinée ? Avez-vous bénéficié de conseils ? Et sinon, quels conseils auriez-vous aimé qu’on vous apporte ?

Pas du tout ! D’ailleurs, je n’ai toujours pas une idée précise de ma trajectoire future. J’ai toujours été motivée par l’intérêt général ou « public service » comme on le dit en anglais - et je trouve que l’ampleur des opportunités possible au sein de la fonction publique est un vrai privilège. J’ai toujours choisi les options qui m’intéressaient le plus et qui gardaient ouvertes le maximum de portes. Cela nécessite qu’on soit prêt parfois à faire des sauts vers des terrains moins connus et à saisir les opportunités quand elles se présentent. Un bon réseau aide aussi !

C’est ainsi que j’ai été amenée à tenter le concours international de l’ENA par le hasard d’une conversation avec un collègue au Treasury qui était ancien élève. Ce n’était pas une ambition de longue date, et pourtant cette décision a marqué un tournant important dans ma vie professionnelle et privée. Les relations franco-britanniques sont devenues un point d’ancrage de ma carrière et vingt ans plus tard, je garde toujours de très bonnes amitiés grâce à l’ENA ainsi qu’un profond respect pour la France - et mes deux filles sont scolarisées au Lycée français à Bruxelles ! 

Vous avez alterné des phases à Londres et à l’international : qu’est-ce que cette expérience vous apporte dans l’exercice de vos fonctions dans l’administration ?

C’est une grande erreur de rester dans les silos et de ne pas apprendre des uns et des autres.  Et c’est vrai pour l’international aussi bien qu’au sein d’une organisation. Mais il faut avoir du recul et garder les yeux et l’esprit ouverts aux nouvelles idées pour en profiter le mieux. Mes passages à l’étranger et l’opportunité de voir d’autres systèmes de près m’ont beaucoup aidée à cet égard. Et, inversement, un regard comparatif est une des richesses que peuvent apporter les élèves étrangers à l’ENA, particulièrement ceux qui ont déjà exercé leurs fonctions chez eux.

De manière générale, c’est quand on se met en dehors de notre « zone de confort » qu’on apprend le plus. S’il y a beaucoup de fluidité interministérielle chez nous, les passages entre le public et le privé restent assez minoritaires. J’ai toujours été impressionnée par la variété des parcours de mes camarades français et les possibilités d’aller-retour entre organisations différentes. Cette mobilité est, à mon sens, un vrai atout pour mieux appréhender les perspectives et donc mieux mettre en œuvre des politiques publiques.

Sur l’égalité femme / homme dans la haute fonction publique, pensez-vous que l’atteinte de la parité doive se faire par une nouvelle loi ? Quelles sont les mesures les plus efficaces, selon vous ? Quelles mesures avez-vous souhaité plus particulièrement mettre en œuvre ?

Je ne suis pas bien placée pour faire des commentaires concernant la situation actuelle en France. D’après mon expérience d’il y a quelques années, il me semble qu’alors que la France est très avancée en certains domaines, par exemple la politique de petite enfance qui facilite le retour au travail, il y a des aspects plutôt culturels qui n’aident pas l’atteinte de la parité. Par exemple les horaires sont beaucoup moins flexibles pour les hautes fonctionnaires en administration centrale – ce qui peut compliquer la conciliation de la carrière et la vie de famille. Dans la fonction publique britannique, les postes partagés (job shares) sont devenus très répandus même au niveau de directeur pour ceux – femme ou homme - qui veulent une division plus équilibrée entre leur deux aspirations, sans sacrifier leurs ambitions professionnelles.

Je crois qu’un vrai progrès nécessite une combinaison de mesures règlementaires et de pilotage fort et soutenu dans la durée par les leaders. Au Royaume-Uni, les mesures législatives pour encourager la transparence concernant les écarts salariaux ont eu un effet important, même si on a encore du progrès à faire. Au sein du Foreign Office, je peux témoigner des efforts importants faits au plus haut de l’organisation. Notre Secrétaire général a lancé le « mirror challenge » en 2018, avec une série de miroirs au lieu de portraits pour les postes d’ambassadeur pas encore remplis par une femme. C’était un moyen novateur pour lancer le défi et inspirer à des femmes la confiance de s’y projeter. Deux ans plus tard, des femmes nous représentent à l’ONU, l’OTAN et à tous les pays du G7 – sauf la France, au moins pour le moment.

Comment conciliez-vous une implication très forte dans le travail avec l’équilibre de la vie personnelle ?

Bonne question. Je ne suis pas sûre d’avoir trouvé toutes les clés de la réponse, mais l’expérience récente du confinement a mis en exergue l’importance d’essayer d’avoir une bonne coupure entre les deux – et la difficulté de le faire ! C’est encore plus compliqué quand on a un rôle lié à l’actualité, ce qui peut créer l’impression de devoir rester « branché » sept jours sur sept, ou quand on travaille sur un dossier qui touche profondément à la vie personnelle ainsi que professionnelle, comme la sortie du Royaume-Uni de l’Union européenne. Mais il faut essayer de bien distinguer les deux, d’avoir des astuces pour se détendre rapidement, et surtout une famille et des amis qui vous aident à voir clair. Mes filles me gardent concentrée sur l’essentiel, et mon mari a interdit qu’on parle du Brexit à la maison !

Entretien réalisé en Septembre 2020


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